Films

Un amour impossible (2018)

Lumineuse adaptation du roman de Christine Angot 2018 Réalisé par Catherine Corsini 2h15 avec Virginie Efira, Niels Schneider, Coralie Russier Drame, Drame sentimental

La critique par Guillemette Odicino de Télérama

C´est une histoire d´amour(s). Elle débute avec Rachel et Philippe. D´origine juive et de milieu modeste, cette jeune femme séduisante et intelligente tombe follement amoureuse d´un jeune homme de bonne famille qui ne manque aucune occasion de l´humilier subtilement. De cette passion charnelle, où Rachel accepte tout, naît Chantal : « Je suis née le 3 février 1959 à Châteauroux. Sur mon acte de naissance était inscrit "née de père inconnu". » Quand enfin son père la reconnaîtra, et qu´elle passera une semaine avec lui, cet acte de naissance deviendra... acte de propriété. Catherine Corsini adapte donc le livre dans lequel Christine Angot racontait son histoire familiale, et dont le vrai sujet n´était pas l´inceste, mais les rapports mère-fille. Son adaptation est lumineuse, portée par une voix off dont les accents sont troublants de fidélité à la langue brute et chirurgicale d´Angot.

Un jour, Rachel a droit à une dernière promenade avant que son pervers narcissique adoré ne parte vers un avenir bourgeois dont il l´exclut. Catherine Corsini filme la jeune femme marchant au milieu d´un bois où le muguet forme un gigantesque tapis de promesses de bonheur. Niels Schneider la regarde, de loin, déjà distant. Le comédien est impressionnant de charme toxique et froid. Virginie Efira, elle, trouve son plus beau rôle à ce jour, son visage transfiguré par l´amour s´éteignant, d´un coup, quand tombe le couperet du mépris. Des années plus tard, un séjour sur la Côte d´Azur, où, encore, l´espoir renaît pour s´éteindre aussitôt dans un restaurant de Villefranche-sur-Mer, dans une mise en scène qui évoque les mélodrames de Douglas Sirk.

Mais c´est bien l´histoire d´amour entre Rachel et sa fille qui compte. Chaque détail du quotidien, de la complicité entre cette mère célibataire et cette gamine choyée, rapidement plus intelligente que la moyenne. La dévotion souriante et maternelle contre la rage qui grandit au cœur de l´adolescente (Estelle Lescure, une révélation). Le rejet, puis le pardon, et la réconciliation tardive de deux femmes, toutes deux victimes de la même humiliation sociale.

Un amour impossible est, aussi, une fresque méticuleuse, émouvante, sur la vie des années 1950 et 1960 en province, quand la modernité s´installe petit à petit et que l´émancipation des femmes commence, discrètement, au bureau et dans les cuisines en formica des nouveaux « grands ensembles ». En évoquant alors autant Annie Ernaux que Christine Angot, Catherine Corsini réussit un grand film d´époque, à la fois doux et implacable, sur la condition féminine.

 

 

Les Chatouilles (2018)

Réalisé par Andréa Bescond Eric Métayer 1h43 avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac Drame, Drame sentimental

La critique par Guillemette Odicino de Télérama

D´une enfance traumatisée par le viol, Andréa Bescond tire un récit alerte sur la résilience et la joie de vivre malgré tout. Un tour de force.

Il n´est pas question de guili-guili, mais d´un sujet grave : les abus sexuels sur enfants. Sauf que les réalisateurs choisissent de le traiter avec une légèreté sin­gulière, et un décalage qui se révèle le meilleur facteur de résilience. Andréa Bescond peut revendiquer le droit à ce parti pris : cette histoire est la sienne. Après son livre et son spectacle, Les Chatouilles ou la danse de la colère, dont le film est un prolongement, elle choisit de rendre son propos plus universel.

Il était une fois la petite Odette, ­devenue jeune trentenaire, qui atterrit dans le bureau d´une psy. Pour la première fois, devant cette praticienne, elle rompt la loi du silence et de la honte : elle a été abusée, violée, régulièrement, dans son enfance, par... le meilleur ami de ses parents, ce type si sympathique qui venait déjeuner le ­dimanche. Comment hurler que cet homme admiré par son père et sa mère (parce qu´il a bien réussi dans la vie) est un malade, une ordure, qui s´enferme avec vous dans la salle de bains, et vous culpabilise quand vous essayez de murmurer « non » ? La ­petite blonde au teint clair se tait...

Le couple de réalisateurs prend toutes les libertés, jeux avec le fantasme et pas de côté, pour installer une distance avec le sujet. Les lieux et les époques s´emboîtent, les souvenirs passent par les portes du cabinet de la psy ou de la chambre d´Odette comme à travers les cloisons amovibles d´une maison de poupée. L´enfance garde son mot à dire, même si la réalisatrice-danseuse-actrice est devenue, adulte, l´énergie et la rage ­incarnées.

Autour d´elle, de grands interprètes : Pierre Deladonchamps, glaçant en pédophile mielleux, Clovis Cornillac, bouleversant de simplicité en père qui n´a pas vu le mal, et Karin Viard, la mère. Une femme raide, ­cassante, peu sympathique, mais dont l´actrice fait un personnage ambigu, sans doute lourd d´un passé sur lequel elle ne s´est pas attardée : la vie est dure, alors elle l´est, elle aussi, ­devenue. Une femme de cette génération qui n´a jamais eu le temps nécessaire pour ­demander réparation. Et c´est la grande réussite de ces ­Chatouilles de montrer à quel point il est bon et beau de se réparer.

 

 

MYSTERIOUS SKIN de Gregg Araki (2004)

1. Résumé.

L´été de ses huit ans, cinq heures de sa vie ont disparu... Depuis, Brian Lackey est persuadé d´avoir été enlevé par des extraterrestres. Pour en être sûr, il doit retrouver Neil McCormick qui est le seul à connaître la vérité. Neil, un outsider à la beauté du diable, une petite frappe dont tout le monde tombe amoureux mais qui ne s´attache à personne, sait ce qui s´est passé cet aprés-midi là. Et lui non plus ne s´en est pas remis. Brian tente de retrouver Neil pour dénouer le mystère qui les empêche de vivre...

2. Intérêt

Ce film traite du thème de la pédophilie sous des angles multiples : il y est aussi bien question du traumatisme psychique et des séquelles de la victimisation sexuelle, que de l´identification sexuelle à l´adolescence, de la séduction maternelle, de la prostitution masculine, de processus de séduction pédophilique et de passage à l´acte,... Mais il y est aussi question, sur fond d´une violence sans cesse croissante, du sens de l´amitié, de l´amour et de la vie.

Signalons que divers membres de l´ARTAAS participeront à un séminaire et feront des interventions thématiques en prenant le matériau de ce film comme support commun d´une approche phénoménologique, à l´occasion du prochain congrès de l´association "Droit et Santé Mentale" (Law and Mental Health) à Padoue, en juin 2007.

LA PEUR DU LOUP de Nicole Kassell (2003)

1. Résumé.

Après avoir purgé une peine d´emprisonnement de douze ans, Walter s´installe dans un petit appartement, déniche un boulot comme scieur et mène une vie plutôt solitaire. Malgré cette existence paisible, Walter ne peut échapper à son passé trouble. Condamné pour pédophilie, Walter est renié par sa soeur et est traqué par un policier méfiant. Vivant dans la peur d´être dévoilé à son travail et luttant pour recouvrer une vie perdue, Walter doit surtout se débattre avec la terrible probabilité de réveiller ses démons intérieurs.

2. Intérêt

Ce film aborde la problématique de la réinsertion sociale du délinquant sexuel sous des angles multiples et contrastés : il y est question de la réinsertion professionnelle, du suivi probatoire (ici beaucoup plus policier que social), du maintien ou de la reprise de liens familiaux, de l´engagement dans une relation amoureuse, d´une psychothérapie,... Ces diverses questions témoignent par ailleurs des enjeux de la différence culturelle dès lors que la scène est américaine. En cela, il nous invite à réfléchir à ce qui constitue la spécificité et la richesse de notre approche conceptuelle à l´ARTAAS, à la manière aussi dont elle évolue. Mais l´intérêt majeur du film semble résider précisément dans l´explicitation des aléas et bénéfices d´une évolution intérieure, d´une maturation psychique en direction de ce qui pourrait être une véritable "guérison". En cela, il est porteur d´une vaste interrogation sur le sens de ce qui fait norme et valeur !

Signalons que ce film sera projeté et servira de support de conférences et débats lors de la journée d´étude organisée conjointement par le CODES (Comité Départemental d´Education pour la Santé) et la Région Aquitaine ARTAAS, le 13 octobre 2006, à Mont-de-Marsan, sur le thème De la réinsertion du pédophile.

Festen, fête de famille de Thomas Vinterberg

Synopsys

Pour fêter ses 60 ans, Helge Klingenfelt, un riche notable, a rassemblé ses amis et ses proches. De ses quatre enfants ne manque que Linda, qui s´est suicidée l´année précédente. Le jumeau de Linda, Christian, est chargé par le patriarche de prononcer le discours d´usage. Christian demande à son père de choisir entre deux enveloppes puis commence à lire. A l´assemblée stupéfaite, il révèle que, alors qu´ils étaient enfants, sa soeur et lui ont été régulièrement violés par leur père. Un silence pesant puis une réaction de colère suivent ses propos. Christian est expulsé de la salle. Les domestiques, néanmoins, l´encouragent à persévérer...

 

La critique lors de la sortie en salle du 23/12/1998

Pour Une acuité magistrale Au départ de tout élan créateur, il y a une conviction orgueilleuse, qui contient sa part d’imposture.

Vincent Remy * Pierre Murat